Qu’est-ce que c’est ?

Zoepolis est un laboratoire de recherche en design qui explore les agencements entre humains et vivant non-humains.

D’un design centré usager vers un design centré vivant.

Le réchauffement climatique trouve aujourd’hui une place de plus en plus grande dans les médias et dans la société. Mais à l’heure de l’Anthropocène, la 6e extinction de masse des espèces est, peut-être, plus importante que l’urgence climatique. Elle révèle un rapport au vivant qu’il nous faut aujourd’hui réinventer. “Zoé”, en Grèce antique, exprimait le simple fait de vivre en commun avec tous les êtres animés (animaux, hommes, esprits ou dieux) et “Polis” signifiait une cité-État, c’est-à-dire une communauté de citoyens. Mais “Polis” recouvre aussi une donnée spatiale, un site qui noue de manière insécable une ville à son territoire et un écosystème. Le design dans sa contribution à fabriquer la “Polis” ne peut plus aujourd’hui exclure “Zoé” duquel nous dépendons.

« La fin ou le but du design est d’améliorer ou au moins de maintenir l’habitabilité du monde dans toutes ses dimensions » souligne Alain Findeli. Mais nous ne sommes pas les seuls à produire de l’habitabilité : 

  • Les végétaux assurent l’habitabilité du monde en assurant la photosynthèse, l’oxygène et la capture de carbone ; 
  • Les pollinisateurs assurent l’habitabilité en produisant le retour du printemps, la reproduction des végétaux et une très grande partie de ce qu’on mange ; 
  • Les vers de terre et la faune des sols assurent l’habitabilité de la planète, la fertilité des sols ; 
  • Les forêts alluviales rendent habitable la biosphère, etc.

Nous bénéficions quotidiennement du fait que les autres êtres vivants produisent de l’habitabilité pour nous et pour tous les autres être vivants. C’est pourquoi le design doit s’interroger sur sa contribution à tisser notre manière de vivre avec les vivants non-humains. Comment produire de l’habitabilité en incluant les perspectives des autres vivants ? Comment le design peut-il apporter une réflexion pour faire monde commun ? Comment faire évoluer les méthodes et les pratiques des designers ?

Il nous faut désormais penser un design qui contient les interdépendances avec les autres vivants dans sa participation à la production d’un monde habitable. Face à l’urgence écologique, Zoepolis repositionne la discipline des designers en incluant les vivants non-humains au centre de ses recherches. D’un design centré “humain”, Zoepolis explore les potentiels d’un design centré “vivant”.

De la révolution industrielle à aujourd’hui

De l’apparition du genre homo jusqu’au Néolithique, période au cours de laquelle l’agriculture s’est développée, l’humain a vécu parmi et avec les vivants.  Il y a 7500 ans environ, l’Homme était un chasseur-cueilleur en Europe. Pendant 2000 ans environ, chasseurs-cueilleurs et agriculteurs ont cohabité en Europe, puis les premiers ont disparu.

Mais pour comprendre la discipline des designers face au vivant non-humain aujourd’hui, Il est important de dessiner les contours de la société dans laquelle la discipline apparaît et ses rapports à la “nature”. On présente l’exposition universelle de Londres au Crystal Palace par Joseph Paxton en 1851, comme l’apparition du design dans le monde, car c’est la première construction faite à partir d’unités modulaires standardisées. C’est à la révolution industrielle que les sciences modernes conditionnent le rapport à la nature et participent à son “désenchantement”. L’observation et l’expérimentation permettent de mieux comprendre les processus naturels et ainsi d’ouvrir la voie à de nouveaux processus d’exploitation. 

Au moment où les historiens donnent naissance au design, nous voyons l’emprise des humains prendre sur les milieux une ampleur inédite. Cet aveuglement aux problématiques du vivant nous a conduit à cette nouvelle ère géologique appelée l’Anthropocène. Parmi les conséquences de l’impact des humains sur la planète, nous savons qu’une sixième extinction de masse des espèces est en cours. La pression qu’exercent les humains sur les milieux naturels est la cause de la vitesse à laquelle la biodiversité disparaît : 100 à 1000 fois plus grande que la vitesse d’extinction naturelle. Alors que nous dépendons fondamentalement de la diversité du vivant, il y a une urgence d’agir pour la protéger.

L’intervention de Zoepolis s’inscrit dans les milieux anthropisés. Une attention pour épargner les milieux sauvages et les initiatives de réensauvagement sont favorisés dans tous les projets

La discipline des designers doit donc prendre la mesure des conséquences des modes de vie humains qu’elle produit et agir en conséquence pour inclure les vivants non-humains dans ses pratiques. Zoepolis ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour développer un design qui inclut les interdépendances aux écosystèmes, intégrant les vivants non-humains dans la pratique des designers. Cinq axes de recherche sont aujourd’hui ouverts :

  • Un design centré humain intégrant les vivants non-humains dans sa discipline.
  • Un design centré vivant non humain : plantes, animaux, insectes, écosystème, etc.
  • Un design centré sur les relations interspécifiques : humains / animaux, humains / plantes/, humains / écosystèmes, etc.
  • Un design de la médiation des vivants, des écosystèmes et de la biosphère.
  • Un design des nouveaux imaginaires de nos relations aux vivants.